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18 août 2009

Écologie politique : qu’un nouveau cycle commence

Une tribune parue dans Libération par Pascal Durand et Patrick Farbiaz (respectivement directeur de la campagne 2009 et co-rédacteur du programme d’Europe-Écologie).

« Le parti vert a joué historiquement son rôle de tremplin de l’écologie politique en transformant le mouvement environnementaliste en un petit parti politique. Il a créé de toutes pièces l’écologie publique, en maillant le territoire d’un réseau d’élus locaux efficaces appliquant des politiques publiques durables.

En fait, il a transformé en programme les principes généraux de l’écologie des pères fondateurs. Mais les évolutions de la société lui imposent de dépasser le cadre initial de son périmètre. Il s’agit désormais de revisiter la « charte d’Amiens » et ses frontières étanches entre syndicalisme, associations et construction partidaire. La participation aux élections n’est qu’une des fonctions d’un parti politique. Toutes les autres, telles que l’éducation populaire, la représentation et la médiation des mouvements sociaux, le débat et la production d’idées sont indispensables à la crédibilité de toute formation moderne.

Nous devons inventer un « trade-unionisme » écologique qui se pense comme une coalition à géométrie variable de la transformation sociale, rassemblant tous les « éco-acteurs » qui ne se sentent plus représentés dans le cadre du système politique partidaire actuel et qui s’accordent sur une priorité de l’impératif écologique et social. Pour exister durablement, notre réseau-mouvement devra préalablement faire société.

L’histoire nous l’a enseigné, on ne construit pas un grand mouvement politique sans regrouper l’ensemble de sa famille. C’est en son sein que les divergences doivent être discutées et tranchées, surtout lorsque le débat d’orientation se déroule dans une dynamique de victoire plutôt que dans la frustration des défaites. Nous sommes ici dans un processus similaire à la naissance du Parti socialiste en 1905, lorsqu’il réunissait Jaurès, Guesde, Allemane, Vaillant le blanquiste et de nombreux syndicalistes : nous devons construire Europe-Écologie comme une fédération souple d’individus, de groupes et de cultures, avant de pouvoir donner une forme définitive à cet « Objet politique non identifié », né il y a plus d’une année et encouragé par le résultat électoral du 7 juin. »

9 août 2009

Le dernier homme

Imaginons que Friedrich soit le dernier homme sur Terre. Imaginons que Friedrich décide de supprimer tous les êtres vivants qu’il croise, plantes ou animaux.

Pourrions-nous dire de Friedrich qu’il agit mal en se conduisant ainsi ?

4 août 2009

Qu'est-ce que l'écologie politique ?

« Ces temps-ci, l’évolution des relations entre la politique et l’écologie me laisse rêveur. Certes, il y a eu le succès d’Europe Écologie aux européennes, mais le plus étonnant, c’est ce qui a suivi ce scrutin, qui révèle la grande difficulté des politiciens à se mettre à l’écologie. On a vu en effet une gauche qui se dit écologiste ironiser sur le vote « écolo-bobo » et les luttes intestines des Verts, tout en montrant qu’elle continue à faire passer le social et l’emploi bien avant l’écologie. On a vu la droite récupérer une fois de plus l’écologie, mais en la réduisant au verdissement du business, une belle entourloupe, car jamais la production massive de gadgets inutiles et la mondialisation effrénée des échanges ne seront écologiques. À l’évidence, ni les uns ni les autres ne sont réellement écologistes car, pour l’être, il faudrait qu’ils se sentent effectivement concernés par l’extinction massive des espèces, qu’ils choisissent de vivre simplement, qu’ils sortent de l’anthropocentrisme, et qu’ils abandonnent la priorité obsessionnelle attribuée à l’économie, ce qu’ils semblent bien incapables de faire. Certes, il faut avoir de la compassion pour ces pauvres politiciens : ménager la chèvre et le chou, c’est bien difficile quand on n’est pas écolo, et il faut avouer qu’au fond – même si tout le monde s’accorde sur la non-durabilité du système actuel – personne ne sait vraiment par quoi le remplacer. »

Jean-Louis Gueydon de Dives, Qu’est-ce que l’écologie politique ?

Rien ne sera plus comme avant

« Toute crise est un moment de rupture, où l’on ne peut plus continuer comme avant. Cette fois, elle nous dit que l’on ne peut pousser plus avant l’économie globalisée, sur le mode libéral et ultra-productiviste qui s’est imposé depuis vingt ans. La crise actuelle me semble relever de deux crises que nous avons déjà connues. Une crise écologique, où la rareté des ressources énergétiques et alimentaires devient criante, comme en 1848. Et une crise à la 1930 liée à un partage salaires/profits très déséquilibré, et surtout une distribution trop concentrée au profit des plus hauts salaires comme des plus gros bénéfices. Insidieusement, nous sommes revenus à une économie de la rente. Et ceci est vrai, tant au niveau local qu’à l’échelle mondiale. C’est bien cette double crise qui a conduit les travailleurs pauvres à s’endetter pour se loger, puis, quand les prix du pétrole et de la nourriture se sont envolés, à arbitrer contre leurs remboursements, provoquant la crise des subprimes. Le monde d’après sera, sans doute, moins productiviste et moins libéral. Sera-t-il plus ou moins social, plus ou moins démocratique ? Je ne sais. L’histoire a montré que les lendemains de crise pouvaient prendre des voies multiples. »

Entretien avec Alain Lipietz

5 juillet 2009

Merde à l'écologie !

« Tout cela ne faisait de mal à personne, puis l’écologie nouvelle est arrivée, pas celle des marguerites et du foin, l’écologie majuscule, la sérieuse, la consciente de…, la responsable de…, celle qui pèse en politique, celle sans qui l’apocalypse serait pour demain matin.

Je suis resté sur mes positions, je me suis rapproché des zones industrielles, j’ai mangé du maïs muté, j’ai aérosolé ma maison, mais j’ai bien senti que je n’étais plus aussi libre de mon inconséquence, l’écologie, on avait plus le droit de s’en foutre. On a d’ailleurs plus droit de se foutre de rien.

Pourquoi ? Parce que la morale.

Pris entre les mâchoires du bien et du mal, le destin de l’inconséquent est d’être mastiqué. L’écologie l’a bien compris, la morale est une arme de construction massive. Après des années de présence virtuelle, et prenant exemple sur de glorieuses réussites antiques, elle se désigne désormais comme l’incarnation du bien commun (le bien commun se définissant comme le bien que l’individu ressent mal). Incarner le bien commun impose des concessions à la tolérance et un détour obligatoire par les chemins de la culpabilité.

Morale et culpabilité partagent siamoisement leur espace.

Le culpabilisateur laïque est la grande figure du monde contemporain. Par un étrange glissement, l’intolérance a quitté sa soutane. Après des siècles de dévalorisation orchestrée par saint Augustin et ses disciples, autour du péché originel qui fit de nous des êtres de faute, nous révélant que le geste le plus anodin, comme croquer une golden dans un jardin, pouvait entraîner une catastrophe collective éternelle, la culpabilité est sortie des églises. »

Antoine Senanque, Merde à l’écologie !

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